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CHASSE SOUS-MARINE

Interviews de chasseurs sous-marins sur l'évolution des stocks de poissons en Atlantique

Devant cette diminution drastique des stocks de bars, ELV dénonce depuis des années la surpêche pendant la période de reproduction et sur les zones de frai. La raréfaction des stocks halieutiques, en Manche et une reproduction très faible en 2015 et 2016 (au-dessus du 48° parallèle), a entraîné la mise en place de réglementations nouvelles et très contraignantes, pour les professionnels et les amateurs. En dessous du 48° parallèle (Golfe de Gascogne), des arrêtés et décrets nouveaux réglementent la pêche professionnelle et de loisir. Ces règlements seront-ils suffisants pour arrêter l’effondrement des stocks de bars ?

Jean-Jacques Colly (chasseur sous-marin) : « J'ai débuté la pêche sous-marine à pierre plate dans les années 60. Pas de combinaison, un maillot de bain une ceinture de plomb masque et tuba. L'eau était limpide et on sélectionnait les araignées de la surface. Plus tard avec un bateau ce fut la baie de la Baule, les Evens, un joyau, l'eau était claire et les mulets et bars nageaient au milieu des algues géantes. C'était limpide et majestueux pour le pêcheur sous-marin contemplatif  que j'étais. Puis ce fut  la Banche et la découverte de fonds marins exceptionnels faits de failles grottes profondes et aussi parfois dans trois mètres d'eau. L'eau était limpide et les algues géantes. La richesse était incroyable, bars, soles, mulets crustacés, pour qui savait les approcher ! C'était dans les années 70/80 ...Bien malin maintenant celui qui peut prendre gros bars, lieus, soles ! Les rejets de l'estuaire, les dragages, la surpêche sur les frayères sont certainement responsables de cette disparition. Aujourd'hui quelques spécimens résident dans des habitats profonds et on peut nager pendant des heures sans rencontrer un seul poisson ! Une prise de conscience au plus haut niveau est urgente, mais  il est sans doute déjà trop tard. »

Gérard Le Bobinec (vétérinaire et chasseur sous-marin) : « Années 80 du siècle précédent, belle journée d’Octobre sur le Bonen du Four au large du Croisic… Je me laisse silencieusement glisser le long du Zodiac, mon complice Jean-Marc dérivera avec le bateau 3-400 mètres en aval. Dès ma mise à l’eau, un grondement sourd comparable au bruit du métro parisien me met en alerte. Je regarde le fond, et stupeur, au lieu des ondulations brunes des laminaires, un tapis bleu-noir se déroule sous mes palmes : un banc de bars ininterrompu circule vers le sud-est. Descente « canard » instantané et je suis immédiatement entouré par un spectacle fascinant : que des gros, difficile d’estimer les poids mais quand après une très longue apnée, je sors de cette hypnose et tire enfin sur un « petit » retardataire il fait 3 kg ! A 400 mètres de là, mon complice me fait signe qu’il a le même spectacle ! Combien d’individus pouvaient représenter ce banc en migration ? En tous cas, nous ne reverrons jamais une telle manne, et pourtant, cela ne fait que 40 ans, merci aux chalutiers qui voient les mêmes femelles aux sondeurs horizontaux lors du frai en février-mars,  pour terminer grainées et écrasées au fond de la poche de chalut, et donc destinées à de la farine de poisson, quelle honte ! Nous, chasseurs sous-marins tant décriés, nous en avions prélevés… deux ! »

Jean-Claude Ménard (Président de l’association ELV) : « Je plonge depuis plus de 50 années, et  j'ai vu la  lente mais inéluctable dégradation du milieu. Les eaux étaient claires et des grandes laminaires entouraient tous les îlots de la baie de la Baule, alors que selon nos études 90% ont disparues en 20 ans. Nous pêchions alors souvent à la dérive en suivant notre bateau freiné par une ancre flottante. Sur la Banche, sur les dérives du phare ou des trois pierres à chaque apnée  nous pouvions voir des bandes de bars, il y avait tellement de poissons que nous ne pêchions que rarement a trou où il n'était pas rare de prendre des bars de 6/7 kilos !

Dans les années 1990/2000, Sur Dumet (les croix) a chaque « agachon » des centaines de bars jusqu'à 2 kilos. Sur la dérive du Bonen au Four ou sur les ''palmiers''  à chaque apnée, des bars, des mulets, parfois des dorades royales et même parfois un saumon ! Sur les plages de sable, soles et rougets étaient régulièrement présents. C'est à partir des années 2005 que j'ai vu la ressource nettement diminuer. Plus de bancs de poisson en pleine eau. La pêche à trou ou à l'indienne, une chasse silencieuse qui demande une grande connaissance des fonds  ont remplacé les dérives. Pour ceux qui avaient la connaissance des lieux et le « sens du poisson », ils trouvaient  des bars dans chaque rague ou faille.  A partir de 2010 la raréfaction a été constante dans ces trous souvent peu connus et pour certains encore totalement inconnus aujourd'hui ! En 2013 les balistes ont été décimés par les chaluts… Ce poisson arrivé dans les années 80 a totalement  disparu des plateaux du Four la Banche. J'ai donc en cinquante ans été témoin  de cette diminution progressive du bar. De moins en moins de bancs de petits poissons (il n'y a plus de reproduction)  une diminution des  gros poissons (pêchés sur les frayères) et depuis 4 ou 5 ans c'est un effondrement de la ressource toutes espèces confondues. »

Ouest-France : "Ma chasse sous-marine, elle est raisonnée", 22 janvier 2017.

Dans son édition du 21/22 janvier 2017, le journal Ouest-France a publié un article sur la chasse sous-marin vu par Jean-Pierre Rigault ( trésorier et collaborateur de l'association ELV). Ainsi qu'un interview de Frédéric Lechat (secrétaire et collaborateur de l'association ELV) sur la photographie sous-marine.