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Cartographies :

Baie de La Baule - Le Pouliguen

Chasseur sous-marin, j'ai toujours observé avec beaucoup d'attention le développement de la flore, et particulièrement les macro-algues laminaires* qui constituent les habitats privilégiés des poissons et crustacés. Dans les années 80/90, je répertoriais assez grossièrement les champs de laminaires sur des cartes marines ou sur des cahiers, croisant d'autres données telles que la profondeur, la clarté de l'eau, la présence de trous, de failles … et de poissons !

Lorsqu'en 1995 j'ai commencé à utiliser un GPS, et devant les dégradations que subissait le milieu marin, l'idée de réaliser des cartes sous marines des zones de macro-algues s'est imposée. Il s'agissait de témoigner des évolutions, mais également de comprendre, au travers de suivis annuels, quels étaient les pressions qui pouvaient impacter les fonds marins. Si ce sont parfois des phénomènes naturels qui sont en jeu, tempêtes ou crues par exemple, le plus souvent ce sont les apports anthropiques qui perturbent fortement les fonds marins.

Ces cartes sont maintenant actualisées pratiquement chaque année, au fur et à mesure de l'observation de phénomènes nouveaux.

Concernant la baie de la Baule – le Pouliguen, on observe une dégradation importante entre 1995 et 2008. La cause essentielle de cette dégradation reste l'augmentation de la turbidité (matières en suspension, blooms de phytoplancton) qui, en limitant la photosynthèse, impacte la croissance ou même la survie des laminaires. Parmi les sources d'accroissement de la turbidité sur ce secteur, on peut citer :

 

          - Les travaux qui ont conduit à agrandir le bassin de marée de la Loire (jusqu'à St Florent le Vieil au lieu de Mauves), accélérant le courant de jusant.

 

          - L'augmentation du bouchon vaseux lié à ces travaux. Ce bouchon vaseux, qui a ainsi vu son étendue passer de 30 à 45 km, est expulsé en mer lors des crues de la Loire.

 

           - Le dragage ponctuel de l'estuaire de la Loire par des dragues stationnaires entrant en action au jusant. Le dépôt des matières en suspension sur les roches étouffe les champs de laminaires et conduit au développement de moulières en quelques mois seulement.

 

            - Les quantités importantes de nitrates et phosphates provoquant des ''explosions'' de micro-algues (phénomènes d'eaux colorées, ou « blooms » de phytoplancton), réduisant d'autant la photosynthèse des macro-algues en profondeur. Dans les cas extrêmes ces blooms peuvent également conduire à une anoxie**.

 

Sur la période 2008-2011 les apports hydriques de la Loire ont été faibles (absence de crues hivernales). Malgré ces conditions favorables, et à l'opposé de ce qui a pu être observé sur les zones du large, le développement des laminaires en baie de la Baule – le Pouliguen est resté modeste. Là encore c'est la turbidité de l'eau qui est en cause : elle est liée aux dragages dans l'estuaire, mais aussi en partie à l'évacuation des vases du port de la Baule – le Pouliguen en 2010.

 

Une prolifération d’ophiures a par ailleurs pu être observée à l'issue de cette opération de désenvasement : cette espèce est révélatrice des milieux chargés en matières organiques. Il est à craindre que la nouvelle opération de curage programmée au cours de l'hiver 2012-2013 accentue encore le phénomène.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Depuis 1995 ce sont 75% des champs de laminaires de la baie de la Baule – le Pouliguen qui ont disparus. Dans le même temps les surfaces rocheuses recouvertes par les moulières ce sont étendues, et des espèces comme les ophiures qui étaient jusque-là restées assez discrètes ont proliféré de manière inquiétante.

Les laminaires sont des bio-indicateurs de la qualité des masses d'eaux. A l'échelle de la baie cette qualité d'eau s'avère moyenne à mauvaise : le poisson s'y raréfie, et l'érosion de la biodiversité y est importante.

 

* Sur notre secteur deux espèces de laminaires sont principalement présentes : Laminaria hyperborea et Saccorhiza polyschides. Les premières vivent une douzaine d'années tandis que les secondes sont annuelles : lorsque la turbidité est importante au moment de la pousse printanière, il n'y a peu ou pas de Saccorhiza polyschides.

** Lors de blooms intenses de phytoplancton l'oxygène peut se raréfier sur toute la colonne d'eau, entraînant une mortalité des coquillages et des poissons sédentaires. Il n'est pas exclu qu'à l'avenir les phases aiguës de tels phénomènes puissent aller jusqu'à rendre la qualité de l'eau impropre à la baignade !